Conférence du Vendredi 3 mai 2019 à Lutzelhouse

Nulle autre vallée en France ne concentrait autant d’outils de la répression nazie que la vallée de la Bruche durant la Deuxième Guerre mondiale… Or malgré le camp de concentration du Struthof-Natzweiler et le camp d’internement de Schirmeck-La Broque, il y eut bien des résistants parmi les habitants de ce secteur. Eric Le Normand, enseignant en histoire-géographie et chargé de mission de l’AERIA, l’a expliqué devant un large public réuni à la salle des fêtes de Lutzelhouse vendredi 3 mai.

L’historien était invité par l’ALE (Association Lutzelhouse Evasion) dont le président, Marc Knitel, présenta la thématique qui révéla la spécificité de cette résistance. L’historien avec des projections exposa la germanisation puis la nazification, des épreuves que seules la Moselle et l’Alsace connurent. Un travail exceptionnel récompensé par la remise du diplôme national du Souvenir français des mains de Mireille Hincker, déléguée générale honoraire, Dominique Jagot, délégué général adjoint et Jean-Pierre Cabut, président du comité de Molsheim

Juste pour avoir parlé français…

Dés l’annexion de fait, les Allemands expulsèrent 30 000 Alsaciens dont beaucoup des vallées francophones comme celle de la Bruche. Malgré cela, il y eut de nombreux actes de résistance et d’opposition au nazisme. Durement sanctionnés ici alors qu’à Paris ils seraient passés inaperçus ! Quelques exemples. François et Emile Sowa, deux frères d’une famille d’origine polonaise, habitaient Urmatt. Interpellés l’été 43 par un civil leur reprochant de parler français dans le train, ils furent dans un premier temps arrêtés par la Gestapo (dont le civil était un agent), amenés au camp de Schirmeck et roués de coups puis pendus au camp de concentration du Struthof-Natzweiler en février 1944. Leurs parents et sœurs furent déportés en Allemagne où leur petite sœur périt. Lucie Masson, de Hersbach, fut arrêtée en novembre 41 : ayant observé 5 mn de silence en mémoire des 50 otages français fusillés à Nantes, elle fut internée au camp de Schirmeck. Né en 1920 à La Broque, René Estermann fut convoquée avec d’autres jeunes de la vallée dans le cadre du RAD (Service du travail paramilitaire et obligatoire) et on lui proposa de s’engager volontairement dans les Waffen SS. Estermann passa la nouvelle frontière des Vosges et se cacha à Saint Dié. Arrêté, il fut interné dans le camp de Schirmeck puis, incorporé de force dans l’armée allemande, il s’évada en 1945, fut fait prisonnier par les Américains avant de revenir au village. En 1943, une centaine de jeunes de la vallée de la Bruche fut convoquée à Saverne pour l’incorporation de force au RAD. Mais dans le train, les jeunes se rebellèrent, cassèrent des vitres et d’autres matériel, chantèrent la Marseillaise et d’autres chants patriotiques etc. Les Allemands arrêtèrent ceux considérés comme des meneurs parmi lesquels René Humbert, né à Vaquenoux. emprisonné avec Marcel Diebold, mourut dans une prison allemande tandis que d’autres jeunes étaient incorporés de force dans des unités spéciales de l’armée dont un certain nombre ne revint jamais. La compassion des habitants de la vallée de la Bruche pour les détenus du camp de Schirmeck et de ses annexes de travail forcé pouvait aussi être dangereuse. Marie -Thérèse Charpentier, née Douvier, de Russ était une jeune fille qui donna à boire et à manger à un prisonnier évadé qui lui demandait la charité. Repris, celui- ci la dénonça. Ce qui ne l’empêcha pas d’être fusillé à 18 ans par les Allemands qui furent interner Marie-Thrése au camp de Schirmeck dont elle garda des séquelles toute sa vie. Madeleine Brûlé, épouse Loux, était une jeune jeune postière à Rothau qui prit de grands risques en aidant des déportés du camp de concentration du Struthof après guerre, elle fut reconnue comme résistante seulement par le Grand Duché du Luxembourg...Robert Heydt, de Wisches, pâtissier mais aussi rédacteur d’un bulletin communistes, fut jeté au camp de Schirmeck. Cinq jeunes de Wisches, voulant échapper à l’incorporation de force, s’étaient réfugiés en Haute-Saône pour quatre d’entre eux et Georges Gaenzler dans le Lot et Garonne : les cinq furent exécutés suite à des opérations en lien avec la résistance locale. Bien d’autres noms, notamment ceux de passeurs de filières d’évasion de prisonniers de guerre comme la famille Ferry ou celui de Charles Birette, né à Lutzelhouse et fusillé au Bois de Boulogne avec d’autres cheminots résistants, mériteraient aussi d’être connus. Eric Le Normand continue d’ailleurs ses recherches.

Texte et photographie : Marie Goerg-Lieby

20190503_204330b

A propos laresistancedesalsaciens

Chargé d'études pour l'Association pour des études sur la Résistance intérieure des Alsaciens (AERIA).
Cet article a été publié dans Interventions. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s