Disparition de Serge Zachayus : grand témoin de l’horreur des camps nazis

Serge Zachayus était né à Thionville en 1936.
En 1940, un oncle recueille les Zachayus près de Tours. En avril 1942, grâce à la complicité d’un beau frère entré dans la Résistance, Serge, accompagné de sa mère et de sa grand mère franchissent clandestinement la ligne de démarcation et rejoignent le père à Cahors. Deux ans plus tard, le 24 juin 1944, toute la famille est arrêtée par la Gestapo et enfermée dans les caves d’une villa sur les hauteurs de Cahors.

La famille est ensuite conduite à Toulouse, à la prison St Charles. Le 30 juillet 1944, ils font partie du convoi 86, comprenant entre autres 166 Juifs dont 26 enfants. Entassés dans des wagons à bestiaux, ils vont errer pratiquement sans eau ni nourriture, par une chaleur torride, de gare en gare . Il s’agit là du dernier convoi partant de France vers les camps d’Allemagne . Une semaine plus tard, le train s’arrête à Weimar; les Allemands font descendre les hommes : Serge ne reverra plus son père. Le convoi reprend sa route avec femmes et enfants jusqu’à Ravensbrück .

Du 9 août 1944 à février 1945 : rien n’est épargné à l’enfant de 8 ans qui est logé à la même enseigne que les adultes. Appels dès 3h ou 4h du matin, debout au garde à vous pendant des heures, par tous les temps, la faim au ventre parmi les hurlements des gardes et les aboiements des chiens…. Dans le baraquement où Serge passe ses journées, il est pris en affection par une vieille Tchèque qui lui apprend à faire du crochet autour de ses doigts. Tous les matins, après l’appel, sa mère part « en corvée » avec d’autres femmes vers les forêts voisines. Et l’angoisse alors s’installe chez l’enfant qui a peur d’apprendre que sa mère est morte d’épuisement mais craint aussi d’être enlevé et assassiné.

Début novembre 1944, les Allemands proposent aux femmes les plus âgées d’être transférées à Theresienstadt afin d’y être soignées. Serge voit sa grand-mère partir « Elle m’a fait un signe de la main » L’enfant ne reverra plus sa grand-mère, elle disparaît dès la sortie du camp. Un peu plus tard, Serge sera le témoin d’une effroyable tragédie : une tente est dressée près de son baraquement : y sont amenées des centaines de femmes tziganes et leurs enfants. En pleine nuit, les SS enlèvent les enfants au milieu des hurlements des mères. Le lendemain elles disparaissent également. En février 45, devant l’avancée des troupes russes, les détenus sont transférés à Bergen-Belsen,
où les conditions sont effroyables. Ce camp est devenu un mouroir à ciel ouvert : les détenus sont abandonnés à eux mêmes : couverts de vermine, ils meurent du typhus et du choléra, il n’y a plus rien à manger, Serge suce du goudron pour tromper la faim qui le tenaille. Le 15 avril 1945 : les troupes anglaises entrent dans le camp : c’est la délivrance. Trop faibles pour être transportés, Serge pèse 12 kg et sa mère 25kg, ils sont transférés dans une caserne où ils seront nourris et soignés pendant un mois et demi.
Serge et sa mère retrouve la France le 31 mai 1945.

C’est à ce moment que Serge dit avoir subi ses plus grands traumatismes. Il se retrouve face à l’incrédulité et l’ignorance de la population. Sa mère est interrogée par l’administration, mais lui, l’enfant de 9 ans est ignoré, on ne lui pose aucune question. De façon péremptoire, un adulte déclare : « Tu n’avais que 9 ans, tu n’as donc pas souffert » .. Serge a le sentiment d’être abandonné pour la seconde fois. Face à ce mur d’incompréhension, Serge se tait, il ne parlera de son vécu dans les camps ni à ses
camarades d’école ni plus tard au lycée.

Et puis survient la montée du négationnisme, Serge comprend que le silence peut être coupable, et que lui, en tant que dernier témoin de l’horreur, se doit de dénoncer les crimes perpétrés par les nazis. Alors, à l’âge de 60 ans, Serge commence à témoigner. En mémoire de son père et de sa grand mère , il écrit pour ses enfants et petits enfants le récit de cette tranche de vie tue depuis si longtemps. Et pendant plus de vingt ans, il est intervenu régulièrement devant des classes de collégiens et de lycéens. Il a témoigné aussi de son vécu devant les membres du Conseil de l’Europe et face à des promotions de jeunes professeurs d’Histoire-Géographie. Depuis 2010, on l’appelle aussi pour témoigner de son passé d’enfant déporté, devant des écoliers du primaire (CM1 et CM2 )
Membre des « Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation » Serge Zachayus, ne refusa jamais une intervention devant des classes. Il était en France, l’un des derniers enfants juifs déportés pouvant encore témoigner de l’horreur des camps nazis. Il est décédé le mardi 29 janvier et a été inhumé au cimetière israélite de Wolfisheim le mercredi 30 janvier 2019. Très discret, Serge était un homme pourvu d’une grande bonté. Il aura toujours notre estime et notre reconnaissance pour ce travail de passeur de mémoire accompli pendant plus de vingt ans.

Marie José MASCONI
Présidente des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (AFMD 67)

sergezachayus

Portrait de Serge Zachayus par Francine Mayran

 

A propos laresistancedesalsaciens

Chargé d'études pour l'Association pour des études sur la Résistance intérieure des Alsaciens (AERIA).
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