Témoignage de Raymond Rohmer, ancien résistant et déporté, le Jeudi 30 avril 2015 à Mulhouse

Lors d’un déplacement à Mulhouse, je me suis rendu chez Raymond Rohmer. Ancien résistant et déporté, il était membre de la filière d’évasion de l’Hôtel de la Bourse à Mulhouse avant d’être arrêté par la Gestapo le 30 mars 1942 avec sa mère et son oncle. Condamnés à la peine de mort, ils sont tous parvenus à survivre à l’univers concentrationnaire nazi. Continuellement transféré d’un endroit à un autre, Raymond Rohmer est passé dans plus de quinze sites différents. Un homme extraordinaire qui mérite amplement sa future Croix de chevalier de la Légion d’honneur…

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A propos laresistancedesalsaciens

Chargé d'études pour l'Association pour des études sur la Résistance intérieure des Alsaciens (AERIA).
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Un commentaire pour Témoignage de Raymond Rohmer, ancien résistant et déporté, le Jeudi 30 avril 2015 à Mulhouse

  1. Joël Febvrel dit :

    Bonjour, je tombe sur votre page consacré à Raymond Rohmer alors que je rassemble des souvenirs de ma famille. Ma mère Adrienne Winckler à été arrêté en même temps que Raymond…. Voici ce qu’a écrit mon frère d’après les souvenirs de notre mère.
    Lundi 30 mars 1942 à Mulhouse. En fin d’après-midi, Adrienne Winckler, sans Marie-Thérèse retenue chez elle par une fracture à la colonne vertébrale, se rend à l’hôtel de la Bourse pour prendre des consignes. L’hôtel de la Bourse appartient à la famille Rohmer. Madame Rohmer est veuve et a deux enfants dont un garçon du même âge qu’Adrienne et prénommé Raymond. Il y a également Lucien, le beau-frère de Madame Rohmer. Les allemands avaient réquisitionné la moitié de l’hôtel. Régulièrement, des français faits prisonniers par l’occupant et enfermés dans des camps en Allemagne s’évadent. Pour rejoindre la France non occupée et trouver un passeur pour franchir la ligne de démarcation, Madame Rohmer recueille dans son hôtel, à la barbe des allemands qui occupent une partie des bâtiments, les évadés français. Il faut ensuite fournir des vêtements et de l’argent français à ces évadés. Il faut également organiser le passage au-delà de la ligne de démarcation en cheville avec des passeurs. La famille Rohmer peut compter sur la générosité et l’aide d’autres mulhousiens. Adrienne, Marie-Thérèse et leur mère sont de ceux-là. Donc, ce lundi 30 mars 1942, vers 18 heures, Adrienne s’approche de l’hôtel afin de chercher des consignes liées à ce réseau d’évasion. Les Rohmer avaient été dénoncés. La Gestapo interpelle Madame Rohmer, son beau-frère et le jeune Raymond qui est aussi, malgré ses 16 ans, un membre très actif de ces actes de Résistance. Adrienne rebrousse chemin, discrètement, mais le chien de l’hôtel qui connaît bien la « visiteuse » se précipite vers elle avec des aboiements affectifs. La Gestapo arrête Adrienne. Elle sera conduite dans les bureaux de la sinistre administration. Interrogée et niant tout, Adrienne réclame avec insistance le besoin de se rendre aux toilettes. Après des demandes réitérées, elle reçut l’autorisation de s’y rendre. Une fois isolée, elle retire de sa poche un papier compromettant, le déchire en petits morceaux, les jette dans la cuvette et doit tirer la chasse d’eau à plusieurs reprises pour faire disparaître totalement le document. En quittant les lieux elle pousse un « ouf » de soulagement tout en méprisant les railleries des agents de la Gestapo qui la croyaient malade. Interrogée à nouveau elle sera giflée et continuera à se taire. Plusieurs heures après, on la relâche. Adrienne rentre chez elle et ne fut plus inquiétée. Elle avait 16 ans. Le 18 mai 1943 Madame Rohmer et son beau-frère sont condamnés à mort. Raymond qui simule la folie est condamné à 3 ans de camp de prisonniers. Les condamnations à mort furent reportées à la fin de la guerre et heureusement jamais exécutées. Raymond passera 3 ans et 3 mois en captivité dans 22 camps. Il verra la mort de près à plusieurs reprises. Il est libéré le 14 avril 1945. Il a à peine 20 ans. Seule la famille a le droit de correspondre avec les prisonniers. Aussi ma grand-mère déclare à la Gestapo être la tante de Raymond. Adrienne et Marie-Thérèse ont pu alors envoyer du courrier à leur « cousin ». Comme seule la langue allemande était autorisée pour toute correspondance, mon grand-père assurait la traduction. Article paru après la guerre dans le quotidien « L’Alsace » à propos du rôle joué dans la Résistance par les propriétaires de l’hôtel de la Bourse, où l’on peut lire également : « … lutte implacable contre l’oppresseur. Particulièrement les jeunes Adrienne et Marie-Thérèse Winckler, âgées toutes les deux de 15 ans et demi. Amies du jeune Raymond Rohmer, elles faisaient office d’agents de liaison, de ravitailleuses, menaient les prisonniers dans des familles de patriotes … ».
    Bien à vous
    En 2006 quelques heures avant que ne décède ma mère, Raymond Rohmer est venu a l’hospital, l’embrasser une dernière fois.
    Joël Febvrel / Winckler
    joel.febvrel@wanadoo.fr

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